Nina bla bla

25 juillet 2015

Sagan 1954, Anne Berest

sagan_1954

Lorsque le fils de Françoie Sagan demande à l'auteur d'écrire un livre sur sa mère à l'occasion des 10 ans de sa mort, l'auteur lache l'écriture de son troisière roman pour s'attler à la tâche. Elle s'y attelle même comme on s'accroche à un bout d'espoir dans un océan de perdition. Il faut dire qu'elle-même traverse une passe difficile : elle est en train de divorcer du père de sa fille.

Elle fixe alors son attention sur l'année 1954, l'année où fut publié "Bonjour Tristesse", le premier roman de Françoise Quoirez dite Sagan. Une année charnière où Françoise passe de l'anonymat dans une bourgeoisie compassée à la célébrité fulgurante et destructrice. 

Anne Berest raconte, explique, imagine aussi... Elle replace la parution dans son contexte politique et littéraire : l'élection de René Coty, les lendemains de la guerre, Cocteau, la parution de "tristes tropiques" de Claude Levi-Strauss, "le déserteur" de Boris Vian, l'appel de l'Abbé Pierre... J'y ai appris que Françoise Sagan a vécu son enfance à Saint Marcellin en Isère, fut toute sa vie très amie avec florence Malraux, fille d'André et de Clara, a emprunté son nom à un personnage de Proust et le titre de son premier opus à Eluard... Mais surtout que Françoise Sagan a vécu sa vie en la consummant, un peu comme un James Dean au féminin, ivre de drogue, de plaisirs en tous genres et de vitesse.

Françoise Sagan m'est apparut mythique, autant qu'une coco Chanel ou une Brigitte Bardot. Anne Berest tisse une amitié pothume et tendre et ce faisant, m'a donné envie de relire l'oeuvre de Françoise Sagan, en commençant par le début, bien sûr !

"Adieu tristesse,
Bonjour tristesse.
Tu es inscrite dans les lignes du plafond.
Tu es inscrite dans les yeux que j’aime
Tu n’es pas tout à fait la misère,
Car les lèvres les plus pauvres te dénoncent
Par un sourire.

Bonjour tristesse.
Amour des corps aimables.
Puissance de l’amour
Dont l’amabilité surgit
Comme un monstre sans corps.
Tête désappointée.
Tristesse, beau visage." Paul Eluard

"Sagan, Françoise. Fit son apparition en 1954, avec un mince roman, Bonjour tristesse, qui fut un scandale mondial. Sa disparition, après une vie et une œuvre également agréables et bâclées, ne fut un scandale que pour elle-même." Françoise Sagan

"Parfois, vos amis vous vous règlent votre compte, avec des paroles violentes qui vous blessent. Mais parce qu'ils viesent juste, parce qu'ils voient en vous ce qu'il y a de plus caché, vos amis vous disent :
"C'est parce que je t'aime que je vois le visage que tu voudrais dissimuler. et tout en voyant ce visage, je continue de t'aimer. De t'aimer mieux peut-être, t'aimer en meilleur connaisance de cause. Parce que toi et moi nous sommes pareils, des frères et soeurs d'actes inavouables."
Lorsqu'ils agissent ainsi, vos amis vous attachent à eux d'une façon bien plus forte que ne le feraient toutes les déclarations d'amour.
Mais quand vos amis vous règlent votre compte et qu'ils visent à côté, qu'ils visent d'autres à travers vous, le plus souvent eux-mêmes -c'est à dire qu'au lieu de vous regarder, ils dressent un miroir entre eux et vous-, alors vos amis s'éloignent terriblement." Anne Berest

"Comment rattrapper ces heures perdues ? Je ne lesrattrapperai pas. soudain, pour la première fois, je lutte contre le livre. J'ai peur que Françoise m'abandonne si je ne travaille pas assez, il faut que je reprenne courage et que je la retrouve." Anne Berest

'J'avais douze ans et la littérature, c'était le sexe. Voilà. il n'y a rien de plus simple à dire. Je fais partie de cette espèce-là, de ceux qui ont connu leurs premiers émois pornographiques avec des mots. Je me dis aujourd'hui que je suis finalement bien proche d'une jeune fille de 1954, prenant un plaisir secret sous les draps avec un livre de Françoise Sagan - j'ai connu le même émoi que ces jeunes filles nées quarante ans avant moi. La littérature ne sera plus jamais, pour les enfants à venir, une entrée dans le monde fantastique de l'érotisme. Je ne suis pas triste pour ces enfants, car après tout, l'important pour chacun est de trouver le chemin de sa jouissance. Mais je suis un peu triste, c'est vrai, pour la littérature car c'est un beau rôle qu'on lui retire." Anne Berest

"- Pourquoi écrivez-vous ?
- Ecrire, pour être riche et célèbre, botte-t-elle en touche.
Car ne serait-ce pas ridicule de dire la vérité : écrire pour trouver la voix du poème, écrire pour promouvoir les êtres, les changer peut-être, les transformer avec des mots, écrire pour touher l'âme... N'a t-on pas envie de mourir d'ennui avec de tels discours ? C'est bien plus drôle, bien plus respectueux de la littérature, que de ne pas se prendre au sérieux. Mais voilà que la légende de la désinvolture est en marche." Anne Berest

"Je voulais écrire pour la vie d'écrivain, qui me semblait la seule qui valait la peine d'être vécue, et je tentais tant bien que mal de faire de ma vie un roman tandis qu'écrire, c'est le contraire.
Ecrire, c'est s'arrêter de vivre des heures, des jours et des mois durant. C'est penser que les êtres qui partagent votre temps vous le volent ou le gaspillent inutilement. Ecire, c'est peu à peu se retrancher du roman de la vie.
Mon autre problème, c'est que j'avais une très haute idée de ce que je devais écrire pour devenir écrivain... Une si haute idée que je ne parvenais à rien. Je voulais écrire un grand livre, sinon rien." Anne Berest



Posté par Ninal38 à 19:34 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


20 juillet 2015

La blancheur qu'on croyait éternelle, Virginie Carton

la_blancheur

" On porte en soi des images de films, des chansons qui surgissent à des moments inattendus de nos vies, qui font de nous quelqu’un ayant appartenu à une époque. Il nous reste des empreintes de ces histoires qui nous ont marqués, de ce temps où nos vies étaient vierges et où l’on croyait la blancheur éternelle."


Mathilde aime Romy Schneider, miss France et les sablés bretons trempés dans du lait. Elle rêve de devenir chocolatière, épouse et mère. Lucien est pédiatre, n'aime pas les Sms ni danser mais adore Deauville et les films avec Jean-Louis Trintignant. Mathilde et Lucien habitent le même immeuble et se croisent sans se voir vraiment.

Un livre régressif avec une belle bande originale des années 80.

Posté par Ninal38 à 18:39 - Commentaires [0] - Permalien [#]

16 juillet 2015

L'odeur du minotaure, Marion Richez

L_odeur_du_minotaure



"Alors, comme s'il avait ménagé ses dernières forces pour mourir auprès de sa meurtrière, il me rend sa vie. Son œil qui pleurait se retourne et se voile de nacre. Son corps palpitant se fige. Le grand cerf expire, le grand cerf est mort, par la faute de cette femme en armure, et l'innocent ne la tient même pas en haine."

Une jeune femme à carapace féroce sombre peu à peu dans la folie après avoir percuté un cerf alors qu'elle se rendait au chevet de son père mourant.
Marion Richez signe de sa plume poétique un premier roman aussi troublant qu'envoutant. Les images sont fortes de symboles, les scènes décrites magnifiques.

Une lecture très dense qui a la profondeur des ténèbres.

Posté par Ninal38 à 18:34 - Commentaires [0] - Permalien [#]

12 juillet 2015

Les carnets de Douglas, Christine Eddie

Les_carnets_de_Douglas



« - Et si tu devenais un ruisseau ?
- Alors je voudrais que tu aies soif.
- Et l'air ? Si tu étais l'air ?
- Mmmmm... je voudrais que tu saches respirer.
Il était comme ça, Douglas, quand il était l'amoureux d'Éléna. Il lui raccommodait l'âme avec des phrases inattendues, pleines de miel, et elle finissait par oublier une fois pour toutes sa vieille rancune. »

Les carnets de Douglas de Christine Edie est un conte pour adulte que l’on aurait envie de lire à voix haute pour le partager : il était une fois un garçon, une fille, un enfant… et un arbre.

C’est très court mais cela raconte plein de choses. C’est écrit tout simplement mais très joliment. Un petit condensé de vie subtilement dosé en délicatesse, poésie, gravité et légèreté.

Charmant et réjouissant !

Posté par Ninal38 à 18:28 - Commentaires [0] - Permalien [#]

09 juillet 2015

Les heures souterraines, Delphine de Vigan

image

« Alors qu’elle a vécu des années sans y penser, aujourd’hui cette répétition lui apparaît comme une forme de violence faite au corps, une violence silencieuse capable de la détruire », Les heures souterraines, Delphine de Vigan.

Mathilde a consulté une voyante. Celle-ci le lui a prédit : le 20 mai, sa vie va changer. Et elle en aurait bien besoin car avant ce 20 mai, elle a vécu des mois (années) difficiles, subissant un harcèlement moral destructeur de la part de son supérieur hiérarchique. 

Thibault est médecin ambulant. Il vient de quitter Lila, une femme qui ne l’aimait qu’au lit. Le 20 mai est une journée de plus passée à travers la cité, allant de rhinopharyngites en gastroentérites en passant par les manifestations d’une extrême solitude.

Mathilde et Thibault ne se connaissent pas. Ils sont seulement deux silhouettes qui se croisent en ce jour de mai. Ils sont aussi les personnages principaux d’un roman magnifique qui raconte les violences quotidiennes ou extraordinaires de vies privées de douceur, particulièrement dans les milieux de l’entreprise et de la ville. Une vie où l’on risque de se perdre, de devenir transparent, sans aucun bruit.

Un livre dur mais factuel, une écriture fabuleuse : je file le relire !!!

Posté par Ninal38 à 18:15 - Commentaires [0] - Permalien [#]